La Nouvelle-Calédonie, terre d'exception, champignons exceptionnels
Il existe trois types d’îles dans la Pacifique: les îles volcaniques (Hawaï, Vanuatu, Fidji…), les îles et atolls coralliens (Bora bora, Tubuaï, Tuvalu, Nauru…) et la Nouvelle-Calédonie. Cela peut paraître très présomptueux et sorti tout droit d’un prospectus publicitaire vantant le tourisme dans cette île. Il n’en est rien. Par son histoire géologique, la Nouvelle-Calédonie est unique.
En effet, à l’origine, cette île est un petit bout de l’Australie qui, il y a 90 millions d’années a commencé à dériver vers l’est jusqu’à littéralement plonger dans la ceinture de feu ou zone de subduction située à la limite des plaques australienne et pacifique. Le morceau, sans doute trop gros et trop léger (les roches d’origine continentale étant moins denses que les roches océaniques), n’a pas été « digéré ». Il a alors littéralement rebondi pour émerger quasiment dans sa position actuelle, il y a 30 millions d’années ; c’est l’obduction. Au passage, en remontant à la surface, la Nouvelle Calédonie a emporté au dessus d’elle une couche de roche océanique, les ophiolithes qui par altération et érosion ont formé des terres rouges riches en nickel. Ces sols exceptionnels ont, en condition d’isolement géographique, abouti à l’apparition d’une flore exceptionnelle, unique au monde. Le vivant terrestre a dû rivaliser d’inventions évolutives pour réussir à coloniser des terres océaniques arrivées par accident à la surface de l’océan pacifique à 1.200 km de l’Australie. Ainsi, c’est 3.200 espèces de plantes, endémiques à plus de 70% qui croissent en Nouvelle-Calédonie.
Parmi ces plantes, on trouve le Sebertia acuminata dont la sève bleue contient jusqu’à 30% de nickel ou le Psychotria douarrei dont les feuilles contiennent 4% de nickel mais aussi l’archaïque Amborella trichopoda unique représentant du groupe des ancêtres de toutes les plantes à fleur … Et bien d’autres groupes aussi originaux que fascinants.
On sait aussi depuis 2002 que certaines plantes s’associent à des champignons pour résister à la toxicité des sols ; c’est le cas des Tristaniopsis spp. ou du chêne gomme (Arillastrum gummiferum) par exemple.
Que dire des champignons dans un contexte aussi exceptionnel ? Les études ne font que débuter. Après 16 missions qui ont traité de mycologie depuis la découverte de l’île par James Cook, la SMNC depuis sa création en 2008 a considérablement fait progresser la mycologie en mettant en évidence la richesse, la diversité, l’originalité et la beauté de cette fonge. La Nouvelle Calédonie est un « hot spot » de la mycologie mondiale (voir également l'article paru dans le Journal Vert de l'ASNNC page 6 et 7) que nous vous conseillons de visiter pendant la saison des pluies, chaude, humide à souhait, propice aux cyclones et aux moustiques afin d’y faire les observations mycologiques les plus improbables, bien sûr avec l’appui bienveillant de la SMNC.